Écrire un texte de retenue, un art !
Quelle joie, pour un étudiant, de rester à l’école après les heures de cours pour aller en retenue. Ces périodes de réflexion sont pénibles et elles sont pires pour ceux qui doivent y écrire une composition. Toutefois, cela a donné naissance à un art qui est sous-estimé, mais qui demande beaucoup d’adresse : écrire un texte de retenue.Aucun élève n’a de plaisir à aller en retenue. Dans certaines écoles, les fautifs doivent faire leurs devoirs durant le temps de punition. Cependant d’autres établissements sont beaucoup plus sévères : les étudiants se voient obligés d’écrire une composition sur un thème précis ou sur la raison de leurs agissements. La longueur de cette production écrite dépend de la gravité des actes et du nombre de fois où ce même jeune s’est retrouvé en retenue. Pire encore, si les élèves ne respectent pas le nombre de mots demandé ou que leurs propos de sont pas pertinents, ils doivent recommencer leur retenue une autre journée. Ils doivent donc bien planifier leur temps pour écrire le plus en disant le moins, tout en restant approprié.
Pour ceux qui sont tenus de rédiger un texte sur les gestes qu’ils ont commis, les élèves donnent beaucoup de détails et exagèrent la gravité et la portée de leurs actes. Prenons l’exemple d’un jeune qui aurait parlé et dérangé la classe. Au lieu d’écrire, tout simplement : «J’ai parlé pendant que mon professeur parlait. Ce n’était pas bien puisque j’ai dérangé toute la classe.», il écrira : «J’ai discuté avec mon camarade de classe pendant que mon enseignant parlait car je voulais que nous planifions de ce que nous ferions durant la fin de semaine. Ce n’était pas bien car j’ai dérangé non seulement mon professeur, mais aussi tous les étudiants de la classe. Certains ont peut-être, par ma faute, mal compris certaines informations. Cela pourrait, à long terme, les faire échouer à un examen et les empêcher de passer le cours. Je serais donc responsable de leur échec.» Vous voyez le genre. Toutefois, pour ce qui doivent rédiger leur composition sur un thème donné, ― ressemblant souvent à : «On ne demande pas à un cheval de pondre un oeuf» ― la tâche est plus complexe. Leur solution est simple : ils donnent leur interprétation du thème et développent ensuite leur idée. Aussi, les directeurs aiment bien lorsque les jeunes contrevenants font un lien entre le proverbe et la raison pour laquelle ils sont en retenue. Reprenons le même exemple. Le jeune dirait : «Il est impossible que le cheval ponde un œuf car ce n’est pas de cette façon qu’il donne naissance à son petit (c’est un mammifère). Ceci étant dit, ce proverbe signifie, pour moi, qu’il ne faut pas demander l’impossible à quelqu’un. Cela me concerne puisque j’ai demandé l’impossible aux élèves de ma classe : rester concentrés aux paroles du professeur pendant que je parlais.» Il suffit d’ajouter des mots inutiles et des phrases tirées par les cheveux, tout en restant pertinent. C’est plus difficile que ça en a l’air.
Les retenues scolaires sont le lieu de création de plusieurs œuvres d’art. Ce n’est pas parce que les propos écrits sont incroyables et beaux, mais car les élèves réussissent à créer un bon texte pour le directeur tandis qu’il est drôle pour lui et ses pairs. C’est l’art de tromper, de passer par dix chemins pour dire une idée toute simple. Ironiquement, il faut commettre une faute pour perfectionner cette maîtrise des mots. C’est la preuve que l’on peut apprendre tous les jours, n’importe où.
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